Critiques 2011

Une flûte enchantée

Le Soleil
26 juillet 2011

Une flûte enchantée : un conte réinventé

(Québec) Grégoire Legendre a réussi un coup de maître en attirant à Québec un spectacle aussi parlant pour le public d'aujourd'hui qu'Une flûte enchantée pour ouvrir le premier Festival d'opéra. La qualité de l'écoute était telle dans cette salle Octave-Crémazie bondée hier soir, que les craquements des fauteuils devenaient par moments agaçants.

Les chanteurs vont pieds nus. Quelques tiges de bambous suffisent à évoquer un temple. Peter Brook a réussi à libérer la Flûte enchantée de Mozart des conventions, des idées toutes faites, des automatismes qui s'incrustent à l'usure. Il a également résisté à cette paresse à laquelle il est tentant de succomber au nom du respect des traditions. Traduire l'intention compte avant tout pour lui. On le sent dès la première apparition du magicien, un personnage interprété avec une amusante touche d'ironie par le comédien Abdou Ouologuem, qui occupe la même fonction que les trois dames et les trois enfants de la version originale. La production s'affranchit d'une imagerie pesante et dont le retrait ne peut que clarifier le propos.

Les dialogues revus et actualisés avec finesse par Marie-Hélène Estienne viennent moderniser le ton du récit tout en ajoutant un charme qui permet de plus facilement goûter l'essence profonde du message. Amour, sagesse, vertu, confiance, patience. Autant de mots lancés sans lourdeur et qui retrouvent malgré cela - ou à cause de cela - leur pleine sonorité. Parlant de gros mots, la collaboratrice de Peter Brook n'a d'ailleurs pas hésité à donner à un moment précis de sa mise en scène une touche bien québécoise.

Rien de forcé ni dans le propos donc, ni dans l'interprétation de la jeune équipe d'artistes. L'accompagnement assuré au piano par Franck Krawczyk, un musicien aussi sensible et respectueux qu'habile, vient calibrer l'opéra de Mozart aux proportions de la musique de chambre. Sur cette scène réinventée qui rapproche les interprètes le près possible du public, on peut, afin d'exprimer un sentiment plus juste, chanter sotto voce, c'est-à-dire avec douceur, sans courir le risque d'être englouti par la machine orchestrale. Le ténor Antonio Figueroa (Tamino) et la soprano Agnieska Slawinska (Pamina) l'ont démontré à plus d'une reprise, et ce, avec une grâce touchante.

Le baryton Virgile Frannais, dont la drôle de bouille et le sens comique rappellent beaucoup le comédien André Robitaille, donne à Papageno ce qu'il faut de saveur et de coeur. Même la Reine de la nuit composée subtilement par la soprano Leila Benhamza traduit une part d'humanité et de tendresse maternelle.