The Tempest
Le Soleil (Éric Moreault)
27 juillet 2012
La tempête: une splendide réussite
(Québec) La présentation de La tempête en première mondiale, jeudi soir, dans le cadre du Festival de l'opéra de Québec, s'est avérée une splendide réussite. Robert Lepage a choisi de ne pas faire de vagues en conduisant à bon port une oeuvre sobre et épurée en hommage à la tradition glorieuse de l'opéra, tout en adoptant une facture résolument contemporaine qui culmine dans une finale spectaculaire.
Il faut dire que l'auteure du livret, Meredith Oakes, a choisi de simplifier l'intrigue de la pièce mythique de Shakespeare, sacrifiant au passage plusieurs éléments et prenant certaines libertés avec les lignes dramatiques. Elle a ainsi condensé l'action initiale pour en extraire la substantifique moelle.
Prospero, l'ex-duc de Milan, est abandonné sur une île avec sa fille Miranda. Devenu magicien, il a domestiqué l'esprit Ariel et la «créature» Caliban. Il utilise ses talents pour faire échouer le navire de ses ennemis sur celle-ci. Parmi les rescapés, Ferdinand, l'héritier du trône. La rencontre des deux jeunes gens fera des étincelles : l'amour triomphera du désir de vengeance de Prospero.
Le célèbre metteur en scène a ainsi choisi de transposer l'île sur la scène de la Scala de Milan, somptueusement reproduite, que le spectateur contemple de l'arrière-scène, de l'avant, puis de côté au fil des trois actes. En ouverture, il livre une stupéfiante tempête avec les trucages d'époque. Le premier acte s'enfonce ensuite dans un certain statisme, mais qui sert aussi de mise en place.
Heureusement, le deuxième acte propose un superbe tableau, servi dans un décor qui utilise transparence et ombres sur toile pour recréer la nature fantasmagorique de l'île. Le choeur joue ici un rôle important en apportant de l'ampleur à cette lutte de pouvoir que livre Prospero, habillé des oripeaux aborigènes, à son frère qui l'a trahi.
Le meilleur
Robert Lepage a gardé le meilleur pour le troisième acte, en une progression de la tension dramatique et des effets de scène, utilisant acrobaties et danse contemporaine pour illustrer l'action. Le spectateur renoue ainsi avec sa touche magique habituelle qui suscite l'émerveillement. La tempête n'a pas l'éblouissante poésie visuelle du Rossignol, présenté l'an dernier. Mais la création de cet opéra par Lepage est riche de sa rigueur et de sa cohérence.
Couvrant habituellement le théâtre, je suis un profane de l'opéra. Je n'oserais porter un jugement sur toutes les subtilités de la performance vocale des interprètes, ni sur l'exécution de l'OSQ, qui m'est toutefois apparue impeccable sous la direction du compositeur Thomas Adès.
Toutefois, le ténor Frédéric Antoun compose un Caliban émouvant. La soprano Audrey Luna est impressionnante, livrant une Ariel très physique, qui effectue même des acrobaties en chantant. Quant au baryton Rod Gilfry, il campe un majestueux Prospero.
La tempête n'est pas une oeuvre banale. Robert Lepage a opté pour une certaine retenue, préférant laisser celle-ci s'exprimer par «les bruits, les sons et les voix» qui peuplent l'île. Un choix judicieux.
La tempête est présenté, en version originale anglaise avec des surtitres, les 28, 30 juillet et 1er août au Grand Théâtre de Québec.
Le journal de Québec (Yves Leclerc)
27 juillet 2012
La tempête de Lepage a frappé fort
Proposition musicale audacieuse, signature visuelle de Robert Lepage, La Tempête a frappé fort, jeudi, lors de la première mondiale de l’opéra de Thomas Adès présenté au Grand-Théâtre de Québec.
The Tempest, c’est la tragédie et le désespoir. L’oeuvre de Shakespeare créée en 1611 raconte l’histoire de Prospero, déchu de son trône de duc de Milan et exilé sur une île déserte avec sa fille Miranda. Il utilise la magie, par l’entremise de l’esprit Ariel, afin de provoquer le naufrage du navire de ses ennemis, pour les soumettre ensuite à des épreuves où ils sortiront tous transformés.
L’opéra du britannique Thomas Adès, qui est très contemporaine, est aride musicalement. Les lignes mélodiques sont rares, mais elle traduisent avec justesse la tragédie qui se déroule sur l’île de Caliban.
The Tempest, c’est le drame de Prospero, ayant perdu son trône, c’est celui du Roi de Naples, dont le fils Ferdinand est rapporté disparu en mer, c’est celui de l’équipage qui a fait naufrage et c’est ausi celui de Miranda, dont le père veut l’empêcher de connaître l’amour. The Tempest n’est pas un conte de fée.
Belles trouvailles visuelles
Robert Lepage et l’équipe d’Ex Machina ont mis en place de belles trouvailles visuelles pour appuyer le livret de Meredith Oakes. Le naufrage d’ouverture avec une spectaculaire Ariel suspendue à un lustre tournoyant au dessus d’une mer frétillante et enragée est spectaculaire. Il donne le ton.
L’île est reproduite dans une salle d’opéra abandonnée où le spectateur a l’impression d’être sur les planches.
Au début du deuxième acte, le rideau s’ouvre sur une ensorcelante forêt qui se déploie sous nos yeux. Le spectateur a maintenant retrouvé sa place devant la scène.
Transformation
Robert Lepage déploie toute la grandeur de son art lors du troisième acte. Les chanteurs sont dans le désordre des coulisses avec des escaliers et des échaffaudages et tout à coup, tout se transforme. Le spectateur se retrouve sur le côté et avec une scène découpée en deux. La perspective est intéressante. Lepage brise les conventions sans rien dénaturer.
C’est l’heure de la rédemption et du calme après la tempête dans une fin lumineuse et troublante. Les personnages sont transformés. La vie peut reprendre son cours.
Le ténor Frédéric Antoun (Caliban), la mezzo Julie Boulianne (Miranda), le ténor Antonio Fugueora (Ferdinand) et l’excellent Joseph Rouleau, dans le rôle de Gonzalo, se sont démarqués côté voix.
Audrey Luna (Ariel) a été spectaculaire avec la voix de la magie et un registre particulièrement élevé, mais tout en douceur à la fin. La soprano est aussi acrobatique avec un jeu particulièrement physique. Le public, frappé par la grandiosité de l’oeuvre, a mis du temps à se lever avant d’ovationner longuement les artisans de cette production.
The Tempest est de retour au Grand-Théâtre demain, lundi et mercredi. L’oeuvre de Thomas Adès sera ensuite présentée en octobre et novembre au Metropolitan Opera de New York.
Le Huffington Post
27 juillet 2012
Robert Lepage: The Tempest en première mondiale à Québec
QUÉBEC – L'opéra The Tempest mis en scène par Robert Lepage a été présenté en première mondiale hier soir au Grand Théâtre de Québec.
Né d'une collaboration entre le Metropolitain Opéra de New York, l'Opéra de Vienne et le Festival d'opéra de Québec, le spectacle à grand déploiement charme dès les premières notes jouées par l'orchestre. La grande force de The Tempest ? Sans aucun doute les décors des ses deux premiers actes.
Incroyablement ingénieuse, la scénographie élaborée par Jasmine Catudal donne d'abord au public l'impression de se trouver directement sur la scène. Du jamais vu. Mis en lumière par Michel Beaulieu, l'habillage visuel de la production est si léché et grandiose qu'il nous donne l'impression de vivre un rêve.
Le spectacle commence par ladite tempête, savamment mise en scène par M. Lepage qui nous présente l'envoûtant personnage de Ariel. C'est d'ailleurs son interprète, Audrey Luna, qui vole la vedette à ses collègues tout au long du spectacle de par ses acrobaties en hauteur et sa façon de bouger si typée. Mais c'est surtout sa voix qui impressionne, un type de voix très rare appelé « colorature » qui permet à la chanteuse de réaliser des vocalises hautement complexes et très aiguës.
L'attachant personnage de Caliban sort également du lot de par le grand charisme de son interprète Frédéric Antoun. On remarque aussi Gonzalo, interprété par le chanteur d'opéra octogénaire Joseph Rouleau qui a reçu un accueil très chaleureux de la part du public.
The Tempest, c'est aussi la rencontre entre deux génies créatifs de haut niveau : Robert Lepage, bien sûr, et le compositieur britannique Thomas Adès qui dirige les musiciens lors de la représentation. C'est à ce dernier qu'on doit l'adaptation musicale de la pièce de Shakespeare qui se situe quelque part entre la musique contemporaine et classique. Des pièces musicales d'une grande beauté qui appuient cependant mal les paroles des chansons qui ne semblent pas trouver leur place à travers les notes.
Le talent de d'autres artistes de renom a également été mis à profit pour The Tempest. C'est le cas du chorégraphe Crystal Pite, dont on a pu voir le travail en mars dernier à la Salle Multi de Méduse. Ceci dit, l'artiste qui jouit actuellement d'une réputation plus qu'enviable sur la scène internationale, n'est pas mis en valeur par The Tempest. La production laisse peu de place et de temps à ses passages dansés interprétés par un petit groupe de danseurs noyés parmi une bonne trentaine de choristes et solistes.
Aux costumes, mentionnons également le travail de Kym Barret qui a auparavant été engagée pour des films comme The Matrix et Spiderman et qui signe cette fois-ci des tenues pailletées qui collent au style de chacun des personnages. Des personnages qui, au final, marquent moins que les décors qui les entourent.
Le Devoir (Christophe Huss)
28 juillet 2012
La Tempête
Opéra en trois actes de Thomas Adès, sur un livret de Meredith Oakes, d’après Shakespeare. Rod Gilfry (Prospero), Julie Boulianne (Miranda), Audrey Luna (Ariel), Frédéric Antoun (Caliban), Antonio Figueroa (Ferdinand), Joseph Rouleau (Gonzalo), Gregory Schmidt (Roi de Naples), Kevin Burdette (Stephano), Daniel Taylor (Trinculo), Roger Honeywell (Antonio). Choeur de l’Opéra de Québec, Orchestre symphonique de Québec. Direction : Thomas Adès. Mise en scène : Robert Lepage. Scénographie : Jasmine Cadutal. Costumes : Kym Barrett. Éclairages : Michel Beaulieu. Grand Théâtre de Québec, 26 juillet 2012. Reprises ce soir, lundi et mercredi.
La coproduction de la nouvelle mise en scène de l’opéra de Thomas Adès, The Tempest (2004), mis en scène par Robert Lepage - coproduction de l’Opéra de Québec, du Metropolitan Opera et de l’Opéra de Vienne, en collaboration avec Ex Machina - a été présentée en grande première mondiale à Québec jeudi soir.
Il serait facile de clamer « génial, forcément génial », en décrivant les costumes, les décors, les voix et l’inventivité des effets scéniques. Et puis au fond, la musique, ça doit être bien, puisque le gars qui l’a composée a bonne réputation. Mais ce ne serait pas fair-play de se débarrasser de La tempête du tandem Adès-Lepage à si bon compte. Car la chose appelle la réflexion, même si Lepage a déclaré vouloir « toucher les non-initiés ».
Cette ambition semble déraisonnable, car la musique n’est en rien évidente. Mais les faits peuvent lui donner raison : le spectacle, même lu au premier degré, tient en haleine. Premier succès donc, et non des moindres : Lepage a réussi à faire du théâtre chanté, donc à habiller un opéra contemporain, sans que nous en ressentions vraiment l’aridité.
Aller plus loin amène à poser la question clé : Est-il légitime et judicieux pour un compositeur aujourd’hui de composer un opéra sur une histoire écrite en 1608, dépeignant un magicien qui déclenche une tempête pour provoquer le naufrage de ses ennemis sur une île ? La réponse immédiate est « non ». Mais la vraie réponse est « oui », et le miracle du spectacle est de nous le prouver.
La tempête, très efficacement adaptée par Meredith Oakes, est une fable philosophique intemporelle. Shakespeare invente une histoire qui nous renvoie à la philosophie grecque, notamment l’idée d’ordre cosmique mis en péril par un péché capital, très humain : l’hybris, c’est-à-dire l’orgueil de ceux qui ne veulent pas rester à leur place - Antonio, qui usurpe le trône, Stefano et Trinculo qui veulent devenir rois, Caliban qui désire Miranda. Prospero, usant de magie, rétablira l’équilibre et, donc, l’ordre du monde.
Dans un processus d’actualisation de la fable, Lepage nous renvoie notre propre image à travers divers angles de vue : nous sommes les acteurs de notre vie (1er tableau : la salle de la Scala de Milan ; le spectateur est sur scène). Nous avons échoué sur une île (2e tableau), symbole de notre existence. Par nos choix, nos arbitrages entre le bien et le mal, nous allons nous positionner, trouver notre place. D’où l’idée géniale du dernier tableau : une coupe de la salle que nous voyons de profil, comme une « tranche de vies ». Seuls l’amour, l’ordre et la justice ont droit de cité sur la scène. Les autres restent dans la salle, spectateurs ou acteurs aux premières loges.
Et c’est à cet instant théâtral où tout se résout que la musique d’Adès se fait la plus magique… au moment même où Prospero renonce à la magie ! Le compositeur anglais fait partie de ceux (avec Sallinen, Aho, Ruders, Turnage, Adams) qui ont trouvé une place pour l’opéra dans notre époque. Contrairement à Turnage et Adams, qui puisent dans l’actualité, ou Aho et Ruders, qui usent de métaphores, Adès a osé, comme Sallinen (qui a composé un Roi Lear), avoir recours à un monument théâtral. Son langage musical complexe et intelligent part de Britten, avec d’ailleurs un grand hommage à celui-ci dans la scène de foule vindicative du 2e acte. Seul le 1er acte tarde à démarrer, avec sa longue scène Prospero-Miranda.
L’écriture vocale est ardue, en matière d’intonation, voire quasiment impossible pour Ariel (stratosphérique Audrey Luna) qui navigue à répétition entre contre-mi et contre-fa! L’équipe vocale réunie à Québec est si bonne que l’on s’étonne que seuls deux protagonistes chanteront à New York. Mentions spéciales, outre Luna, au Caliban d’Antoun, au vétéran Joseph Rouleau en Gonzalo et à Julie Boulianne, excellente Miranda.
Le spectacle de Lepage est non seulement beau et visionnaire, mais aussi mené avec une efficacité absolue, démarrant tel un film d’action par une scène époustouflante de naufrage. Il réunit tous les arts - cirque, projection, danse, mime en ombres chinoises - et joue, en verticalité, sur plusieurs plans : la terre, d’où sort Caliban ; le ciel, où oeuvre Ariel (son apparition en aigle, à l’acte 2, est tétanisante), et le juste milieu qu’occupe Prospero.
Le triomphe fait par le public fut à la mesure de la hauteur de vue de cet éminent spectacle.
Avant Scène Opéra
le 26/07/2012 - Festival d'opéra de Québec
Louis Bilodeau
The Tempest
Avec son concert inaugural consacré à Mozart et la première de sa production de The Tempest de Thomas Adès, le Festival d'opéra de Québec atteint d'ores et déjà à un niveau digne des plus grandes manifestations lyriques internationales et confirme amplement les espoirs que la première édition de l'an dernier avait suscités.
Le Festival a commencé le mercredi 25 juillet dans la merveilleuse salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm, dont la jauge (tout près de mille places) et l'acoustique sont parfaites pour Mozart. Le concert – enregistré par la firme ATMA classique – réunissait la soprano Karina Gauvin, le pianiste Benedetto Lupo, les Violons du Roy et leur chef Bernard Labadie dans un généreux programme comprenant deux ouvertures (Lucio Silla et La Clémence de Titus), cinq airs d'opéras, deux airs de concert, le Rondo en ré majeur pour piano et orchestre et la chaconne d'Idoménée. Tout au long de la soirée, Labadie et son orchestre prouvent leurs profondes affinités avec le répertoire mozartien grâce à leur sens de l'équilibre et un évident plaisir de jouer ensemble. Très en voix, Karina Gauvin vit avec intensité chacun des extraits qu'elle interprète, en particulier l'air de Pamina, d'une sensibilité bouleversante. Remarquable technicienne, elle se joue des passages virtuoses comme ceux de « Come scoglio » et de « Non più di fiori » et fait entendre une voix homogène que seules quelques notes exposées dans le registre aigu mettent en relative difficulté. Invité de grand luxe, Benedetto Lupo s'est montré superbe dans « Non temer, amato bene » et brillantissime dans le Rondo.
Le grand événement du Festival est sans conteste la nouvelle création très médiatisée de l'enfant chéri de Québec, Robert Lepage, qui a conçu une de ses mises en scène d'opéra les plus envoûtantes depuis Le Château de Barbe-Bleue et Le Rossignol et autres fables. Coproduit par le Festival d'opéra de Québec, le Met et l'Opéra de Vienne, son travail sur The Tempest de Thomas Adès est tout simplement stupéfiant d'ingéniosité, de beauté visuelle et d'impact dramatique. L'idée de situer l'action à l'intérieur d'un théâtre, La Scala en l'occurrence, n'est certes pas nouvelle et a été maintes fois reprise par Robert Carsen (on pense entre autres à ses Contes d'Hoffmann ou à son récent Don Giovanni), mais la magie de Lepage confère tout son sens à ce choix. D'entrée de jeu, la tempête du premier acte est une illustration grandiose du savoir-faire de Lepage : agrippé au lustre qui tournoie follement au-dessus d'une mer agitée (un grand voile à travers lequel apparaissent brièvement les principaux personnages), Ariel déchaîne les éléments en un saisissant tableau à la fois terriblement violent et d'une poésie extraordinaire. Le premier acte se déroule sur la scène, face à la salle vidée de ses spectateurs, qui composeront plus tard les membres de la cour ayant échoué sur l'île de Prospero. Prospero devient ici l'ordonnateur génial d'effets de mise en scène tous plus impressionnants les uns que les autres. La loge royale sert en outre à rappeler quelques-uns des épisodes ayant mené autrefois Antonio à déposséder Prospero de son duché de Milan. Le deuxième acte a toujours lieu sur scène, cette fois dos à la salle, et les rescapés du naufrage se croient transportés sur une île grâce à des toiles peintes et des projections d'un effet très réussi. Enfin, le dernier acte se passe d'abord dans les coulisses puis, après un changement à vue extrêmement spectaculaire, dans la salle, la scène se situant du côté jardin. Après avoir erré dans les différentes parties du théâtre, les spectateurs retrouvent leurs places habituelles dans les loges, symbole éloquent du retour à l'ordre. Après le départ de tous les personnages, Caliban reste seul sur scène, en équilibre précaire sur la balustrade séparant la salle et la scène.
À cette mise en scène prodigieuse, dont les lignes précédentes n'offrent qu'un pâle reflet, s'ajoutent également un immense bonheur musical. La présence de Thomas Adès à la tête d'un Orchestre symphonique de Québec en très grande forme est un autre motif de réjouissance. Chef à la gestuelle ample et précise, très soucieux des chanteurs, Adès prouve combien il est un grand, et un coloriste exceptionnel. Perfectionniste à l'extrême, il a même retouché certains détails de sa partition en vue de ces représentations.
Dans le rôle d'Ariel, Audrey Luna est la révélation du spectacle ; non seulement elle surpasse en aisance vocale la performance de la créatrice (Cyndia Sieden, à Covent Garden en 2004), mais elle accomplit sur scène de véritables prouesses dignes d'une athlète. C'est elle que le public pourra découvrir lors de la diffusion du Met au cinéma le 10 novembre prochain. Légère déception du côté de Rod Gilfry, qui met du temps avant de s'imposer en Prospero et dont les nombreux passages mezza voce le trouvent à la peine. Mais quelle autorité scénique et comme il se rattrape bien dans les deux derniers tiers de la soirée ! Il est impossible toutefois de ne pas préférer Simon Keenlyside, qui reprendra son rôle à New York. Frédéric Antoun est un Caliban exceptionnel de tenue vocale et très doué pour le jeu, tout comme Julie Boulianne, Miranda magnifique à tout point de vue. Gregory Schmidt (le roi de Naples), Roger Honeywell (Antonio) et Gregory Dahl (Sebastian) sont tous excellents, de même que le vétéran Joseph Rouleau qui, à 83 ans, campe un Gonzalo à la voix encore étonnante. S'il ne démérite aucunement, Antonio Figueroa manque de puissance pour rendre pleinement justice à son rôle de Ferdinand. Très bonne interprétation de Kevin Burdette (Stefano), Daniel Taylor (Trinculo) et du chœur, qui maîtrise fort bien l'écriture d'Adès. Nul doute que les publics new-yorkais et viennois sauront goûter ce spectacle auquel les Québécois ont réservé un accueil triomphal.
